jeudi 22 octobre 2009

Les parcs animaliers, nouvelles arches de Noé

Elle est la Monna Lisa du ZooParc de Beauval. Alkoomie (soit "très jolie" en aborigène) est le premier koala à être né en captivité en France. Tout l'été, la serre australienne de cet établissement du Loir-et-Cher a connu une affluence comparable à la salle de La Joconde pour tenter d'approcher le marsupial au milieu de trente variétés d'eucalyptus. Ce n'est pourtant pas la seule Alkoomie mais plutôt la crise économique qui a permis à Beauval de battre son record de fréquentation saisonnier : "Avec 530 000 visiteurs, c'est notre meilleure année", constate son directeur, Rodolphe Delord, qui se réjouit que "les gens soient restés en France."


Le 15 octobre, c'est le Zoo de Doué-la-Fontaine, dans le Maine-et-Loire, qui s'est illustré dans le carnet rose. Toujours avec une première hexagonale : l'annonce que deux loutres géantes d'Amérique du Sud ont vu le jour cet été. Ces naissances rapprochées permettent de conforter la nouvelle image des zoos. Longtemps stigmatisés comme des prisons, à la suite de la parution de Libération animale(Grasset, 1975), le best-seller de Peter Singer, ils se transforment en maternités pour espèces menacées par la dégradation de leurs milieux naturels.

"Il reste parfois encore une image péjorative alors que nos animaux sont tous nés dans des zoos européens, s'étonne Rodolphe Delord. Il n'y a plus de commerce (interdit par laConvention de Washington en 1973), que des dons, prêts et échanges, pour retirer toute valeur marchande à l'animal."

Plus de barreaux et plus de pensionnaires faméliques traînant leur spleen sur quelques mètres carrés de bitume. Tout est fait pour soulager l'éventuelle mauvaise conscience du visiteur. Que ce soit à Beauval, Doué ou à La Palmyre, qui fut pionnier en la matière, l'enclos d'immersion dans le paysage, visant à reproduire l'écosystème par le décor, la végétation et les sons, s'est largement imposé. Pour le plaisir à la fois des zoologistes et des botanistes.

Les zoos se sont transformés en vastes parcs de promenade pour une journée ou davantage (Beauval dispose d'un hôtel in situ), encourageant la marche et la patience, avec des postes d'observation pour les visiteurs. "Les gens ne voient pas forcément tous les animaux, qui ont des zones de repli, explique Rodolphe Delord. Si un animal n'est pas en forme, si un bébé vient de naître, on ne va pas le montrer au public. Il est compatible de travailler pour le confort des visiteurs et celui des animaux."

La qualité, donc, plutôt que la quantité. A Beauval, la harde de cinq éléphants africains dispose, pour elle seule, de cinq hectares. Ce qui n'empêche pas ce zoo de communiquer sur le nombre : avec 4 000 bêtes, c'est la plus grande ménagerie française. "Mais on pourrait en avoir deux à trois fois plus et il faut bien faire venir les visiteurs", justifie Rodolphe Delord.

Etablissements privés et familiaux (leurs actuels directeurs sont tous les fils des fondateurs), Beauval, Doué et La Palmyre doivent ainsi résoudre une contradiction permanente entre leur activité de divertissement et leur participation au Programme européen pour les espèces menacées. "Les zoos ont quatre missions. La récréation est la prépondérante, la recherche, la conservation et l'éducation ne sont là que pour la justifier", dénonce Benoît Thomé, de l'association Animal Cross. Si cet opposant reconnaît que "la situation s'est améliorée", il n'en pense pas moins que "les animaux, qui ont une mémoire génétique de la vie sauvage, ne bénéficient pas de l'environnement qui leur permet d'avoir leur comportement naturel".

Pour lier plaisir et prise de conscience, un effort considérable a été porté sur la pédagogie, qui a permis en deux décennies de renverser spectaculairement la réputation des zoos. L'exercice est toutefois complexe. "Si vous assommez les gens avec des panneaux d'information et qu'à l'arrivée, ils ont vu un gorille qui s'emmerde, c'est raté", résume Pierre Gay, directeur de Doué.

Ce dernier est précisément le théoricien du zoo comme nouvel "Arche de Noé", qu'il a exposé dans son livre Des zoos, pour quoi faire ? (Delachaux et Niestlé, 2005). "Le président de laWildlife Conservation Society, William Conway, avait deviné dès 1964 que les zoos participeraient à sauver des animaux, rappelle-t-il. Mais jusqu'où ? L'Union internationale pour la conservation de la nature vient d'annoncer que, pour la première fois dans l'histoire, les zoos allaient devoir sauver des espèces menacées jusqu'aux amphibiens. Nous allons devoir gérer des micro-populations captives, avec des tentatives de réintroduction pour quelques dizaines d'espèces seulement." Cinq d'entre elles ont déjà pu être sauvées grâce à l'action des zoos : le cheval de Przewalski, l'oryx d'Arabie, le cerf du Père David, l'oie Nené d'Hawaï et le pigeon de l'île Maurice.

La captivité serait-elle le seul moyen d'éviter l'extinction ? "La solution serait plutôt de construire des sanctuaires dans la nature", propose Benoît Thomé. Pierre Gay ne semble pas en désaccord quand il affirme que "se préoccuper de la survie des loutres géantes, c'est le faire d'abord chez elles". Pour y parvenir, il suggère d'"étendre le réseau des zoos aux ONG qui se battent pour l'environnement". Et, en premier lieu, celles qui luttent contre les ravages liés à la culture du palmier à huile.

Bruno Lesprit

Source: Le Monde

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