mardi 20 octobre 2009

Des visons d'élevage rendus à la liberté : une fausse bonne idée ?

Des milliers de visons libérés de leur élevage en Dordogne (24) par un groupe d'individus encore non identifiés (AFP 16/10/09) : les défenseurs de la cause animale applaudissent, 4200 visons élevés pour leur fourrure recouvrent la liberté ! Mais si cet acte a pour objectif d'attirer l'attention des médias sur la condition des animaux d'élevage pour la fourrure, des voix s'élèvent pour dénoncer les dommages qu'il occasionne sur l'environnement et remettre en cause son bien-fondé. Interrogés par la Fondation 30 Millions d'Amis, Alain Bougrain Dubourg, président de la LPO* et Michel Pascal, directeur de recherche à l'INRA**, réagissent.



Fondation 30 Millions d'Amis : Que pensez-vous de cette libération ?
Alain Bougrain Dubourg : C'est assez désespérant. Ca illustre le manque de cohérence entre le monde de la protection animale et le monde naturaliste. Cet acte met en péril non seulement les animaux libérés, mais les animaux sauvages de l'écosystème local. Les visons américains occupent un espace qui fait reculer les visons européens alors que l'on vient enfin d'obtenir de Bruxelles que ces derniers fassent partie d'un plan de protection européen.
Michel Pascal : C'est une belle sottise, déjà commise en Espagne avec des ragondins, commise aussi en Italie et en Allemagne ! Ces gens ne connaissent pas l'histoire naturelle et qui sont pleins de bons sentiments. Mais l'enfer est pavé de bonnes intentions. Ce n'est pas tant l'introduction d'une espèce qui pose problème, c'est le nombre d'individus que l'on introduit [le vison d'Amérique n'est pas une espèce indigène en France, NDLR]. Et là, 4200 visons, c'est beaucoup !


F30MA : Pourtant, vous êtes tous les deux sensibles à la condition de ces animaux dans les élevages !
Alain Bougrain Dubourg : Bien sûr ! Et personne ne pourrait cautionner des élevages pareils ! Et pourquoi pas une opération commando mais dans ce cas-là, il faut penser à offrir aux animaux des conditions de captivité décentes. Si on m'avait demandé mon avis j'aurais dit : "surtout ne faites pas un truc pareil, pensez à une solution de capture, à un relâchage outre-Atlantique". Mais pas une libération barbare qui de toute manière condamne les animaux.
Michel Pascal : Etre sensible ne veut pas dire faire de l'angélisme. Le vison européen dans sa zone d'origine mérite d'être protégé. Là ces visons américains vont poser problème, c'est sûr. Des milliers d'animaux de ce gabarit, ça fait une belle densité au kilomètre carré. Il y a un risque sérieux pour l'écosystème local. Tout ce que ces gens auront gagné à trop vouloir faire le bien, c'est condamner ces visons. Et puis comment faire pour les récupérer ? Ca va coûter beaucoup d'argent et de temps.



F30MA : Quelles vont être les conséquences sur la faune sauvage locale.
Michel Pascal : Il va y avoir des risques parasitaires. Ces visons d'élevage vivent dans leur propre écosystème avec leurs propres germes et parasites. Quand on introduit une espèce, on introduit en fait tout un écosystème et c'est ce qui rend l'introduction particulièrement risquée. Par ailleurs le vison est un animal qui va s'intéresser à la faune indigène et entrer en compétition avec des mustélidés locaux tels que le putois, chasser le campagnol amphibie, les serpents et les batraciens. Sans qu'il y ait un risque pour les poulaillers locaux, il en existe un réel pour les pisciculteurs. Le vison est un mustélidé qui apprécie l'eau !
Alain Bougrain Dubourg : C'est une catastrophe écologique. Au moment où le député Pierre Lang (député UMP de la Moselle) veut renforcer le statut de piégeur, ce genre d'opération ne peut que lui donner du grain à moudre. Cette action, au lieu de servir la cause des animaux donnera l'occasion de poser des milliers de pièges sans ce soucier véritablement de l'espèce a capturer puisqu'on sera convaincu d'oeuvrer pour la "bonne cause" [capturer les visons d'Amérique libérés, NDLR]. Malheureusement, c'est toutes les espèces qui vont être victimes du piégeage, toutes ! Y compris les espèces protégées

* Ligue de Protection des Oiseaux
** Institut National de la Recherche Agronomique



Source: 30 millions d'amis

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