« En surveillant mon troupeau de 200 brebis, j'ai aperçu en août dernier un 4x4 s'engager sur le pâturage. J'ai fait signe au conducteur de reculer. Il m'a répondu par un bras d'honneur. J'ai dû tirer en l'air au fusil de chasse pour le stopper ».
Photo : J-P F
Ces véhicules tout-terrain n'auraient pas dû, en principe, sortir de la route empierrée pour se rendre sur un pâturage.
Berger en Haute-Roya, Francis Lanteri, 62 ans, est excédé par le nombre croissant de véhicules s'aventurant en toute illégalité sur les alpages du massif du Marguareis.
Et il n'est pas le seul à s'en émouvoir.
Les maires du secteur, de la Brigue à Tende, veulent également mettre un terme à ces rodéos saccageant une zone remarquable, classée Natura 2000 et abritant des espèces rares.
Le Marguareis passe pour l'un des derniers terrains de jeux des 4x4, quads et motos. Régulièrement cité dans différentes revues spécialisées, il attire des amateurs de l'Europe entière, principalement d'Allemagne, d'Autriche, d'Italie et, bien sûr, de l'Hexagone.
Des barrières obstinément arrachées
« C'est devenu une sorte de substitut au Paris-Dakar » résume Alain Lanteri-Minet, conseiller municipal à La Brigue. « C'est le rendez-vous »ajoute Bernard Gastaud, maire de cette commune de 630 habitants « de ceux ne pouvant se payer un safari en Afrique ».
Beaucoup de conducteurs ne posent pas problème.
Ils restent sur la vertigineuse route empierrée, construite à cheval sur la frontière et reliant à près de 2 000 mètres d'altitude, Castérino à la Brigue.
D'autres, en revanche, en sortent sans état d'âme, arpentent en pleine nature des espaces protégés et particulièrement vulnérables. Bloqués par une barrière, ils n'hésitent pas à l'arracher à l'aide du treuil de leur véhicule.
Celle limitant aux piétons l'accès au fort de la Marte a ainsi été brisée à plusieurs reprises.
Longtemps, ces dégradations furent plus ou moins tolérées au nom des retombées économiques suscitées par l'activité 4x4 dans les secteurs de l'hôtellerie et de la restauration. Mais les temps changent. L'opinion publique est désormais sensibilisée à la défense de l'environnement et les dommages apparaissent d'autant plus intolérables qu'ils tendent à se multiplier.
Le maire déterminé
Comment y mettre fin ?
« Ce n'est pas simple » concède le maire de la Brigue, Bernard Gastaud, en poste depuis l'an dernier.
« À trois heures de voiture de ma mairie, le secteur est enclavé et escarpé. Pour y faire respecter la loi, il faudrait augmenter le nombre de gendarmes et d'agents de l'Office national des forêts. Mais ces services fonctionnent déjà en sous-effectif.
« Un responsable de l'ONF m'a ainsi avoué ne plus patrouiller dans le coin depuis deux ans faute de véhicule adapté à ce type de mission ».
Fermer la route ?
Le maire le pourrait en vertu de ses pouvoirs de police, mais il ne le souhaite pas, afin de ne pas pénaliser l'activité touristique, ni interdire aux véhicules un itinéraire offrant par beau temps des vues saisissantes sur la chaîne des Alpes, du Mont-Rose au Mont-Blanc.
Cependant, le maire se dit déterminé à agir. En explorant toutes les options.
Il envisage ainsi de solliciter l'intégration du Marguareis au parc national du Mercantour, avec l'espoir d'être alors aidé par les gardes moniteurs du parc à mettre fin aux rodéos sauvages...
Jean-Paul Fronzes
Source: Nice-Matin

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