Photo : Eric Dulière
Fabrice Ruggiero, une vie professionnelle entre le corail et les oursins.
Alors que la population de châtaignes de mer diminue de façon inquiétante, la saison de la cueillette a été amputée de deux mois en région PACA.
La cueillette des oursins ? Ce fut une source non négligeable de revenus il y a quelques années. Mais elle ne fait plus vivre les derniers pêcheurs professionnels. Ils ne sont plus qu'une poignée entre Menton et Cannes à exercer ce métier. Qui dure de moins en moins longtemps : habituellement ouverte en septembre, la saison n'a démarré que le 1er novembre et se poursuivra jusqu'au 15 avril. Une mesure prise par la préfecture de Région pour harmoniser les périodes de capture entre les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes.
Elle permettra de préserver la population d'échinoïdes, même si elle pénalise les pêcheurs et les amateurs. D'autant que depuis l'ouverture de la saison des oursins, la mer est plus qu'agitée. Impossible pour Fabrice Ruggiero, jeune professionnel niçois qui fait trois heures d'apnée par jour pour récolter ces châtaignes de mer « de prélever le moindre oursin. Je n'ai pas pu honorer mes commandes ».
« Pas plus d'oursins dans la réserve de l'Estérel »
La cueillette n'est plus cette manne qui permettait aux anciens de vivre confortablement toute l'année. Leurs successeurs refusent de les accabler. « Ce ne sont pas les professionnels qui sont à l'origine de la désertification de l'oursin, explique Vincent Peri qui, dès l'ouverture de la saison, lâche son taxi, à Antibes. Nous sommes les jardiniers de la mer et ne prélevons que pour nos commandes. »
Et Fabrice Ruggiero de se demander : « Pourquoi, dans la réserve de l'Estérel, zone interdite de pêche, n'y a-t-il pas plus d'oursins qu'ailleurs ? Parce que des milliers de bateaux y sont nettoyés quotidiennement à coup de détergents, polluant ainsi les hérissons de mer. A cela, il faut ajouter le changement des courants et de la température de l'eau, sans compter la surpopulation en période estivale. »
Pour eux, la réduction de la saison ne va pas pour autant favoriser le repeuplement. « Au contraire, elle risque d'occasionner plus de prélèvements dans un temps plus réduit pour maintenir le chiffre d'affaires », s'inquiète Vincent Peri.
Le pillage de l'été
Pour Denis Genovèse, premier prud'homme d'Antibes, le problème est encore plus large : « C'est l'été, période de reproduction des oursins, que les plaisanciers se livrent par milliers à des oursinades monstres, un véritable pillage qui permet même à certains braconniers de revendre le produit de leur pêche. »
Les contrôles sont-ils la solution ? Sans doute. Mais entre la parole et les actes, il y a un monde. C'est ce que regrette un gendarme maritime, qui sous couvert d'anonymat, explique que « les contrôles sont très difficiles à réaliser. On nous voit arriver de loin ».
Serge Jausas Et Eric Dulière
Source: Nice Matin

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