mardi 29 septembre 2009

Le blaireau, bientôt espèce protégée?


Classé parmi les chassables, le blaireau disparaît peu à peu du paysage français. A l'heure de la reprise du "déterrage" où cet animal est laissé à la merci des chiens et des hommes, l'association vosgienne Oiseaux Nature a la ferme intention de le faire classer parmi les espèces protégées. Une mesure simple qui permettrait que cesse cette pratique qui choque de plus en plus.


Aboiements de chiens, terriers éventrés, sang et curée : le déterrage des blaireaux a repris dans nos campagnes. Partout en France, des week-ends de "déterrage de blaireaux" sont organisés. Les chiens, lâchés dans les galeries des terriers dépècent les mustélidés vivants et pour les rares qui échapperaient à leurs crocs, ce sont les pinces métalliques des chasseurs qui les attendent à la sortie du trou. Espèce fragile, à la reproduction lente, le blaireau voit ses effectifs diminuer un peu plus chaque année. Dans les Vosges (88), une association de protection animale se mobilise pour mettre un terme à cette chasse cruelle et faire du blaireau le porte drapeau d'une faune en danger. Son fondateur et administrateur, Claude Maurice, a lance une pétition et tente de convertir une partie du Conseil Général à sa cause. Son but : faire classer le blaireau parmi les espèces protégées.

Fondation 30 Millions d'Amis : Pourquoi vouloir faire du blaireau une espèce protégée ?
Claude Maurice : Pour plusieurs raisons... Dans notre région [la Lorraine, NDLR], le nombre de blaireaux nécessaire à sa survie ne sont pas suffisants. L'espèce a souffert de l'éradication de la rage qui a eu lieu dans les années 80 et s'est poursuivie jusqu'au début des années 90. Durant tout ce temps, on gazait les renards vecteurs du virus avec de la chloropicrine, mais les terriers étant mitoyens, les blaireaux ont payé un lourd tribut à cette éradication. Par ailleurs, le blaireau n'est pas une espèce prolifique, loin de là ! Organisé en clans, sa population ne se régénère pas comme celle d'autres mustélidés. Seuls deux jeunes sur trois atteignent l'âge adulte et toutes les femelles ne portent pas. Le renouvellement des populations est donc très difficile.

F30MA : La chasse est-elle seule responsable de cette impossibilité des effectifs à se reconstituer ?
Claude Maurice : Non. Il faut rester modéré ! Les blaireaux sont aussi touchés par une forte mortalité routière, par les pesticides, par les nouvelles méthodes agricoles. Mais la chasse est un facteur aggravant. En revanche, c'est celui sur lequel on peut agir le plus rapidement et sans frais exorbitants : interdire la chasse du blaireau est une mesure simple. Elle consiste en une simple signature au bas de l'arrêté annuel de l'ouverture et fermeture de la chasse.

F30MA : Le blaireau est-il nuisible ?

Claude Maurice : Loin de là ! C'est un animal inoffensif qui cohabite sans souci avec les humains. Il se retrouve pourtant inscrit à la liste des "chassables". A une époque, son poil servait d'outil de rasage pour messieurs, mais ce n'est plus d'actualité. Aujourd'hui, le pire est c'est que sa chasse est parfaitement inutile. Après sa mort, le blaireau sert, dans le meilleur des cas, de pâture aux chiens. Quant aux déterreurs, ils pratiquent leur activité toute l'année même si elle n'est autorisée que de septembre à janvier. Ils prennent pour excuse de chasser le renard, classé parmi les nuisibles et donc piégeable toute l'année. Le déterrage est un "sport" cruel, inutile et désastreux pour la faune sauvage.

Du côté du Conseil Général, les mentalités à l'égard du blaireau semblent évoluer. Alain Roussel, vice-président du Conseil Général des Vosges et député (UMP) en charge de l'environnement, le confirme : "Je ferai avancer les choses en utilisant des arguments qui m'ont moi-même convaincu", confie-t-il à la Fondation 30 Millions d'Amis qui l'a joint par téléphone (25/09/09). "Ce sujet mérite d'être remis sur la table et je continuerai à sensibiliser les esprits autour de moi ; des esprits dont les certitudes concernant le bienfondé du déterrage des blaireaux ont fortement diminuées et qui se posent aujourd'hui véritablement la question de l'opportunité de perpétuer une telle chasse".



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